– Je veux créer ma société parce que je ne veux plus dépendre du bon vouloir d’un patron.
– Je voudrais lancer un business qui génère des revenus récurrents.
– Je veux être utile, être visible, servir…
– … avoir une équipe soudée, une communauté forte…
– … devenir le numéro 1, créer le plus grand réseau, fédérer les meilleurs talents, atteindre le plein succès.
Durant mon activité de business coach, j’ai récolté de nombreux verbatims liés à la motivation des porteurs de projet. En somme, les gens qui décident d’emprunter le chemin entrepreneurial sont tous attirés par les mêmes conditions : la sécurité financière, la reconnaissance, l’appartenance, l’estime de soi et l’accomplissement. On y reconnait les 5 niveaux de besoins de la fameuse pyramide de Maslow. Par exemple, les expressions je veux servir, être utile montrent la recherche de l’appartenance, je veux avoir des revenus récurrents - le besoin fondamental de sécurité, je veux devenir le n°1 de… - un grand besoin d’être reconnu.
Au bout de quelques années de pratique j’ai fait un triste constat : bien que mes coachés soient partis avec une bonne vision de leur futur business, ayant transformé leurs ambitions en objectifs mesurables, et ayant tous réussi l’amorçage de leur entreprise, leurs projets entrepreneuriaux n’ont pas atteint le plein succès. À quelques exceptions près, ils ont pris la forme d’une activité d’indépendant ou ont été délaissés.
Pourquoi ? En analysant ces projets abandonnés, et en écartant les facteurs purement “business”, j’ai découvert la mécanique de la motivation commune à tous les porteurs de projet, quels que soient leur expérience entrepreneuriale et leur niveau de réussite.
Voici comment elle se déploie :
- Le chemin entrepreneurial commence toujours par le manque. Au départ, on se sent confiné, aliéné ou vide dans son environnement professionnel.
- Le manque dévoile le besoin fondamental (être en sécurité, reconnu…) ou de compensation (devenir le meilleur).
- Le besoin génère les ambitions et la vision du futur projet. Le projet devient alors une sorte de réponse au besoin interne du fondateur. Regrettablement, on est rarement conscient de cette connexion.
- L’évolution de la situation initiale naît de la tension entre ce qui est - la réalité du manque, et ce à quoi j’aspire - mes ambitions et la vision du projet. Cette tension agit comme un moteur : si l’on s’aligne sur la vision, on avance grâce à l’énergie de la motivation ; si l’on reste connecté au manque, c’est la pression de l’inconfort qui nous met en action. Dans les deux cas, c’est la tension entre le manque et le besoin qui crée l’élan.
- Tant que le besoin est insatisfait, il génère de l’énergie. Mais une fois le manque apaisé, la tension retombe, et on n’a plus la force nécessaire pour porter le projet.
Voici un scénario réel qui illustre cette mécanique :
Un cadre IT perd son emploi : son besoin de reconnaissance est brutalement réactivé, tandis que la pression financière vis-à-vis de l’administration fiscale fait émerger un fort sentiment d’insécurité. Comme son expertise est très recherchée sur le marché, il décide de créer une société de consulting - une ambition nourrie par son besoin de reconnaissance. Il décroche un important contrat où il n’est pas seulement l’exécutant de la mission : rapidement il y fait intervenir d’autres consultants.
Mais son nouveau rôle de dirigeant génère beaucoup d’inconfort, alors même que son expertise technique, elle, est très bien valorisée et généreusement rémunérée (son besoin de reconnaissance est apaisé). Une fois son sujet fiscal réglé (besoin de sécurité satisfait), la tension interne disparait. Il n’a plus besoin d’assumer les risques liés au recrutement de consultants. Il renonce à l’idée de développer une société et poursuit son activité en indépendant - là où il retrouve son équilibre intérieur.
Il existe un scénario alternatif où la tension du fondateur devient si persistante, qu’elle déclenche ses mécanismes de protection psychologique. Chargés de rétablir l’équilibre, ces mécanismes finissent par neutraliser la motivation, même si les besoins et l’ambition du porteur de projet demeurent insatisfaits. Ce phénomène apparait fréquemment dans les start-up fortement financées, où la pression des levées de fonds amplifie l’usure psychique.
Ainsi s’impose une évidence : une motivation née du manque ne peut fonder un projet qui dure. Reste donc la vraie question : si ni la vision ni les ambitions du fondateur ne suffisent à porter le projet, où se trouve alors son véritable moteur ?