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L’objectif et sa contrainte principale

– Comment avance ton projet de reconversion ?

Il y a un an et demi, Charlotte, jeune artiste-photographe, quittait son poste de responsable de contenu pour devenir photographe professionnelle et vivre de son art.

Avant sa démission, elle avait vendu plusieurs de ses créations lors d’expositions et trouvé rapidement un agent prêt à promouvoir ses œuvres. Mais une fois installée à son compte, au lieu de réaliser de nouvelles séries, d’exposer, et de remplir son carnet de commandes, elle s’est mise à développer “une activité à côté” : la retouche industrielle. Persuadée qu’un métier annexe lui assurerait un revenu régulier et une indépendance en termes d’horaires.

Au moment de notre échange - il y a plus d’un an - Charlotte n’avait toujours pas finalisé la sélection de photos pour son agent. Ses commandes de retouche l’occupaient désormais à plein temps.

Voici l’échange que nous avons eu alors :

– Que va-t-il se passer si tu continues sur cette voie ?
– Je deviendrai non pas photographe professionnelle, mais retoucheuse freelance. D’ici un an, je me trouverai dans une situation très inconfortable – plus d’emploi, plus de chômage – à exercer une activité non créative qui n’a aucun sens pour moi.
– Qu’est-ce qui t’empêche, aujourd’hui, de te consacrer à la photo ?
– La peur que je ne gagne pas assez d’argent en vendant mes créations. À vrai dire, je ne l’ai jamais envisagé concrètement.

Cette conversation a révélé une croyance limitante - “je ne gagnerai pas assez d’argent en vendant mes créations” - que Charlotte n’avait jamais réellement mise à l’épreuve. En prenant conscience de cela, elle a choisi de se recentrer sur son activité de photographe.

– Comment avance ton projet de reconversion ? lui ai-je demandé récemment.
– Je suis active : je développe mes séries photo, j’expose…
– Et côté revenus, est-ce que ton activité commence à générer quelque chose ?
– Assez peu, pour l’instant. Je vends quelques œuvres lors des expositions, je réalise aussi des portraits créatifs, mais cela reste occasionnel. Si la situation ne change pas, je serai sans doute amenée à reprendre un emploi, au moins à temps partiel.
– Et pour ton objectif – vivre de ton art – qu’est-ce que tu envisages ?
– Je continuerai à participer à des concours : gagner en notoriété m’aiderait peut-être à vendre davantage de créations.
– Qu’est-ce qui t’empêche aujourd’hui de vendre plus ?
– En me focalisant sur la notoriété, je repousse encore le moment de m’attaquer au business.

En apparence, le projet avançait. En réalité, il tournait en boucle. Le schéma se répétait : l’effort se déplaçait, l’obstacle demeurait, toujours le même. Une zone aveugle là où aurait dû se trouver le processus de vente. Il fallait une grille de lecture : la Théorie des Contraintes.

Dans un projet à tout moment donné, il existe un facteur qui limite sa réussite par rapport à son objectif.

Selon la Théorie des Contraintes d’Eliyahu Goldratt, ce facteur, appelé contrainte principale, est l’élément qui empêche le système d’atteindre son plein potentiel. Identifier cette contrainte est essentiel, car tout effort concentré sur elle produit le maximum de valeur et d’efficacité.

C’est bien de cela qu’il s’agit : définir un objectif, c’est faire apparaitre en même temps la contrainte qui l’empêche - et accepter de s’y confronter en priorité. Ce n’est pas confortable. Mais tant que cette confrontation est évitée, l’effort produit peu ou pas de résultat. Lorsqu’on agit là où ça bloque, la contrainte cède…et une autre apparait plus loin - signe que le projet avance en direction de son objectif.

Au fond, la création et le développement de tout business, petit ou grand, exige la volonté de se confronter, encore et encore, à une succession de contraintes.

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